Pour ce nouveau rendez-vous des Mercredis de l’IA, on s’intéresse à un document que toutes les entreprises produisent et que peu aiment écrire : la proposition commerciale. On se place du côté de l’entreprise qui doit répondre à une demande, et qui voit dans l’IA un moyen d’aller plus vite.
L’IA fait gagner du temps sur une proposition commerciale, et le gain est réel. Mais un client sent vite un devis qui ne parle pas de lui. Toute la question est de savoir où placer la limite. Ce qui se délègue, c’est la mise en forme et la relecture. Ce qui ne se délègue pas, c’est la compréhension du besoin, le prix et l’engagement. Et entre les deux, il y a un outil que beaucoup sous-estiment : l’enregistrement du rendez-vous. Bien utilisé, il permet de pousser la personnalisation très loin, tout en gardant la main sur ce que le document doit accomplir.
Ce que l’IA fait bien dans une proposition
Commençons par ce qui fonctionne, parce que ça fonctionne vraiment. Une proposition commerciale, c’est souvent une heure passée à remettre en ordre des notes prises à la volée, à reformuler des phrases techniques et à vérifier que rien n’a été oublié. Sur ce travail-là, l’IA est une aide sérieuse.
Elle sait structurer un document à partir d’éléments épars : contexte, objectifs, réponse proposée, méthode, calendrier, conditions. Elle sait reformuler une offre technique en bénéfices compréhensibles pour un dirigeant qui n’est pas du métier. Elle sait comparer la proposition au brief initial et signaler un point resté sans réponse. Elle sait harmoniser le ton d’un document écrit en trois fois, à trois moments différents de la semaine. Et elle relit, plutôt bien, l’orthographe et la clarté.
Tout cela a un point commun : l’IA travaille sur une matière qui existe déjà. Elle ordonne, clarifie, vérifie. Elle n’invente pas. C’est exactement là qu’elle rend service.
Un client sent vite un devis qui ne parle pas de lui
Le problème commence quand on lui demande d’écrire à partir de rien. Une proposition générée sur la base de trois lignes de contexte ressemble à toutes les autres propositions générées sur la base de trois lignes de contexte. Les phrases sont fluides, les paragraphes bien construits, et pourtant le client ne s’y reconnaît pas.
Ce qui fait qu’une proposition convainc, ce sont des détails que l’IA ne peut pas deviner. Le fait que le dirigeant a mentionné, en fin de rendez-vous, que la dernière refonte de son site s’était mal passée. Le mot qu’il emploie pour parler de ses clients. La contrainte de calendrier liée à un salon au printemps. L’inquiétude qu’il n’a pas formulée directement mais qui revenait dans ses questions.
Un client qui lit une proposition cherche une chose : la preuve qu’on l’a écouté. Si le document pourrait s’adresser à n’importe quelle entreprise du même secteur, il le perçoit en quelques lignes. Et la confiance se joue à ce moment-là, bien avant la page du prix.
L’enregistrement du rendez-vous, la vraie matière première
C’est pour cette raison que l’étape la plus utile ne se situe pas au moment de rédiger, mais au moment d’écouter. Enregistrer le rendez-vous de découverte, puis le retranscrire, change la qualité de tout ce qui suit. Les notes prises à la main captent ce qu’on a jugé important sur le moment. L’enregistrement capte ce que le client a réellement dit, avec ses mots, ses hésitations et ses priorités.
Les outils de transcription automatique sont aujourd’hui très accessibles. Bien utilisés, ils donnent à l’IA ce qui lui manque pour écrire une proposition juste : la parole du client. Mais il y a une façon de s’en servir qui préserve cette parole, et une autre qui l’abîme.
Annoncer l’enregistrement, son usage et sa destruction
Premier réflexe, avant même de parler d’outil : le client doit savoir que le rendez-vous est enregistré. C’est une obligation, pas une politesse. Et l’annonce ne s’arrête pas là. On précise aussi à quoi servira l’enregistrement et ce qu’il deviendra : les contenus sont réservés à l’usage interne de l’agence, pour préparer la proposition, et ils sont détruits ensuite.
En pratique, cela tient en deux phrases en début de rendez-vous : « J’enregistre notre échange pour ne rien perdre de ce que vous me dites. L’enregistrement reste chez nous, il sert uniquement à préparer notre proposition, et il sera détruit ensuite. » Dans notre expérience, cette transparence est bien reçue. Elle montre qu’on prend au sérieux à la fois le projet et les informations qu’on nous confie.
Il faut aussi regarder où part l’enregistrement. Selon l’outil et l’abonnement, les contenus transmis peuvent être stockés hors d’Europe ou servir à entraîner des modèles. Un rendez-vous de découverte contient souvent des informations stratégiques : chiffres, projets non annoncés, difficultés internes. Le choix de l’outil fait partie de la confidentialité due au client.
Garder la transcription intégrale, pas seulement le résumé
La plupart des outils proposent, en plus de la transcription, un résumé automatique. Il est tentant de ne garder que lui. C’est souvent là que le contenu se dénature.
Un résumé lisse. Il transforme « on a l’impression que nos clients ne comprennent pas ce qu’on fait vraiment » en « problématique de notoriété ». Il fusionne deux objectifs que le client distinguait. Il efface la hiérarchie entre ce qui était une priorité et ce qui était une remarque en passant. Le résumé est utile pour se repérer, mais la matière de travail, c’est la transcription complète. C’est elle qu’on relit, et c’est elle qu’on donne à l’IA quand on lui demande de structurer la proposition.
Reprendre les mots du client
La consigne la plus utile qu’on puisse donner à l’IA à ce stade tient en une phrase : reformuler le besoin en conservant le vocabulaire du client. Pas le jargon du métier, pas une version embellie, ses mots à lui.
Chez nous, c’est sur les refontes de site internet que cette phase d’écoute assistée par l’IA sert le plus. Un rendez-vous de refonte est dense : le client passe d’une fonction à l’autre, revient sur un détail, évoque un irritant de son site actuel, puis une idée vue chez un concurrent. Les notes manuscrites en gardent une version découpée. La transcription, retravaillée avec l’IA, permet de conserver la logique des fonctions souhaitées par le client, dans l’ordre et avec les liens qu’il établit lui-même entre elles. Elle permet aussi de mettre en évidence le point central de sa demande, celui autour duquel tout le reste s’organise, sans rien perdre de son discours, de ses souhaits ou de ses besoins. Le tout en restant dans les pratiques légales : enregistrement annoncé au client, usage réservé à l’agence, destruction une fois la proposition établie.
Le même principe vaut pour un brief de cadrage créatif, où ce sont les mots du client sur sa marque, plus que des fonctions, qu’il s’agit de préserver.
Le client retrouve alors dans la proposition sa propre manière de voir son projet. Le ton du document suit naturellement : il ressemble à la conversation qui a eu lieu, pas à un modèle de proposition.
Le but n’est pas d’aller plus vite pour aller plus vite. Il est de monter en qualité dans la réponse apportée, sans perte de naturel, ni dans le ton, ni dans les contenus. Quand ces deux points sont conservés, la proposition devient plus agréable à lire, et surtout elle parle à votre prospect. Il y retrouve les petits détails évoqués en rendez-vous, y compris certains qu’il ne se souvenait plus d’avoir mentionnés. Il voit que rien de ce qu’il a dit n’a été mis de côté. Et ce sont souvent ces petits détails qui font la différence au moment de choisir.
Personnaliser très loin, sans lâcher la finalité
C’est là que l’enregistrement change d’échelle. Avec la transcription complète sous la main, chaque partie de la proposition peut répondre à une phrase précise du rendez-vous. L’objectif formulé par le client ouvre le document. Ses inquiétudes trouvent leur réponse dans la méthode. Ses contraintes se retrouvent dans le calendrier. Ce niveau de personnalisation demandait autrefois des heures de réécriture. Il devient accessible en une fraction de ce temps.
Mais plus l’outil personnalise, plus il faut savoir où l’on va. La finalité du document se décide avant d’ouvrir l’IA, pas pendant. Que doit comprendre le client en refermant la proposition ? Quelle recommandation porte-t-on, quitte à ne pas suivre sa demande à la lettre ? Quel périmètre s’engage-t-on à tenir ? Ces réponses fixent le cadre. L’IA travaille à l’intérieur, avec la matière du client. Sans ce cadre, elle a tendance à tout reprendre avec la même importance, ou à dire au client ce qu’il a envie d’entendre. Avec lui, elle devient un outil de précision.
Relire les noms, les chiffres et les dates
Dernier point, très concret : la transcription automatique se trompe. Elle écorche les noms propres, confond les chiffres, mélange les interlocuteurs quand plusieurs personnes parlent en même temps. Un budget mal retranscrit ou un nom de produit déformé, recopié tel quel dans une proposition, fait plus de dégâts qu’une faute d’orthographe. Tout ce qui est nom, montant, date ou délai se vérifie à l’écoute, pas à la lecture.
Ce qui ne se délègue pas : le besoin, le prix, l’engagement
Une fois la matière réunie, il reste trois choses qu’aucun outil ne peut porter à votre place.
La compréhension du besoin, d’abord. L’IA peut reformuler ce que le client a dit. Elle ne peut pas savoir ce qu’il n’a pas dit, ni juger si sa demande est la bonne réponse à son problème. Parfois, la meilleure proposition consiste à recommander autre chose que ce qui a été demandé. Ce conseil-là demande de l’expérience et un point de vue.
Le prix, ensuite. Un chiffrage repose sur votre connaissance de votre production : le temps réel passé sur ce type de projet, les imprévus habituels, vos marges, votre charge du moment. Une IA à qui l’on demande un prix produit un chiffre plausible, construit sur des moyennes qui ne sont pas les vôtres.
L’engagement, enfin. Délais, livrables, conditions, nombre d’allers-retours : chaque phrase d’une proposition signée vous engage. Une IA peut suggérer un calendrier qui semble raisonnable sans rien connaître de votre planning. Ces éléments s’écrivent ou se valident par la personne qui en répondra devant le client.
Les mauvaises pratiques qu’on croise
Certaines dérives reviennent souvent. La proposition entièrement générée à partir d’un modèle, où seul le nom du client change, est la plus visible. Elle se reconnaît à ses formules interchangeables et à l’absence de tout détail propre au projet.
Vient ensuite la confidentialité : coller dans un outil grand public le brief d’un client, ses chiffres ou le compte rendu d’une réunion stratégique, sans savoir ce que deviennent ces données.
Il y a aussi les références et les chiffres inventés. Une IA à qui l’on demande d’étoffer une proposition peut ajouter des statistiques sans source, des résultats « typiques » ou des références qui n’existent pas. Dans un document commercial, c’est un risque de crédibilité immédiat.
Enfin, la relecture superficielle des conditions. Les mentions sur les délais de paiement, la propriété des fichiers ou les droits d’utilisation demandent une lecture attentive par quelqu’un qui en connaît les conséquences.
On retrouve ici la ligne qu’on défendait déjà sur ce qui vaut vraiment le coup avec l’IA : l’outil est efficace sur les tâches répétitives et cadrées, beaucoup moins dès qu’il faut un jugement sur le fond.
Chez Studio en Tête, la part humaine et la part outillée
Quand un dirigeant nous contacte pour un projet de site, d’identité visuelle ou de campagne, le premier rendez-vous reste un échange entre personnes. On écoute, on pose des questions, on reformule. On enregistre, après l’avoir annoncé, pour pouvoir revenir aux mots exacts de nos interlocuteurs au moment d’écrire. L’enregistrement reste chez nous et il est détruit une fois la proposition établie.
L’IA intervient ensuite, sur une partie précise du travail : structurer la proposition, vérifier qu’aucun point du brief n’est resté sans réponse, relire. Le diagnostic, la recommandation, le chiffrage et le calendrier restent de notre fait, parce que c’est sur eux que repose la relation avec le client. C’est la même logique que dans l’ensemble de notre accompagnement en communication : des outils qui font gagner du temps sur la forme, pour en passer davantage sur le fond.
On le disait déjà en se demandant si l’IA va remplacer les agences : la valeur n’est pas dans le volume de documents produits, mais dans la justesse de ce qu’ils disent.
Alors, à quoi ressemble le commercial de demain ? Probablement à quelqu’un qui écrit moins et qui écoute davantage. Il enregistre ses rendez-vous en le disant clairement, confie la mise en forme à l’outil, et consacre le temps gagné à ce qui fait réellement signer : comprendre le besoin, recommander, chiffrer, s’engager. La technologie change sa façon de travailler. Elle ne change pas ce qu’on attend de lui.
Questions fréquentes
Peut-on rédiger un devis entièrement avec ChatGPT ?
Techniquement oui, mais le résultat a toutes les chances d'être générique. L'IA est utile pour structurer et relire un devis, beaucoup moins pour fixer un prix ou des délais, qui dépendent de votre production réelle et vous engagent auprès du client.
Faut-il prévenir le client qu'on enregistre le rendez-vous ?
Oui, c'est obligatoire. Le client doit savoir que l'échange est enregistré, que les contenus sont réservés à l'usage interne de l'entreprise pour préparer la proposition, et qu'ils seront détruits ensuite. Deux phrases en début de rendez-vous suffisent.
Pourquoi ne pas se contenter du résumé automatique de la réunion ?
Parce qu'un résumé lisse le propos. Il remplace les mots du client par des formules générales et efface la hiérarchie entre ses priorités. La transcription complète conserve la matière qui rend une proposition personnelle.
Comment éviter qu'une proposition rédigée avec l'IA sonne faux ?
En partant de la transcription du rendez-vous, en demandant à l'outil de conserver le vocabulaire du client, puis en relisant le document comme si vous étiez ce client. Si une phrase pourrait s'adresser à n'importe qui, elle est à réécrire.
Quelles données ne faut-il pas confier à un outil d'IA ?
Les informations stratégiques ou confidentielles du client, sauf si l'outil prend des engagements clairs sur le stockage et l'usage des données. Vérifiez les conditions de l'abonnement utilisé, en particulier sur l'entraînement des modèles.
Une offre de citation garantie dans ChatGPT est-elle fiable ?
Aucun éditeur d'IA ne documente publiquement la façon dont il choisit ses sources. Une promesse de citation à date fixe porte donc sur un résultat que le prestataire ne maîtrise pas. Demandez ce qui sera publié, où, et qui en porte le risque.
Rendez-vous mercredi prochain à 11 h pour un nouveau numéro des Mercredis de l’IA.